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| Instructif, à méditer : Panthères noires |
Buata Malela :: 21 07 07 :: 1:05 T.U.
S’il existe de nombreux ouvrages sur les Black Panthers en langue anglaise[1], rares sont ceux que l’on peut lire en français. De ce point de vue, la démarche du journaliste Tom Van Eersel est à encourager. Il nous propose un livre relatif à l’histoire des Black Panther Party dont l’intérêt principal est d’être accessible pour le « public francophone ». Van Eersel se propose d’étudier « qui étaient les Panthères noires »[2] en montrant comment le « FBI aura exploité toutes les failles, erreurs, conflits entre les organisations noires et au sein même du BPP »[3]. Là est également l’intérêt de cet ouvrage destiné, rappelle-le, à un public universel, et qui, par l’occasion, contribue à faire connaître à ceux qui, en France, ignorent encore ce récit d’un espoir brisé.
Si l’histoire que propose Van Eersel aurait pu être écrite différemment, il n’en demeure pas moins qu’elle a le mérite de se fonder également sur les témoignages d’anciens membres du BPP. Elle rétablit les conditions sociopolitiques qui ont favorisé ce que Van Eersel appelle « la montée de la contestation » entre 1945 et 1966 aux États-Unis : l’anticommunisme de McCarthy, le mouvement des droits civiques qui poursuivaient le combat lancé par W.E.B. Dubois, fondateur de l’Association for the Advancement of Colored People (NAACP) et par son concurrent, Marcus Garvey avec son Universal Negro Improvement Association (UNIA). Notons au passage que Van Eersel commet quelques erreurs historiques qui trahissent une absence de proximité avec son sujet et nous rendent plus vigilant à la suite de son propos, notamment lorsqu’il fait de Garvey l’un des fondateurs de la NAACP : « Dès le début du siècle émerge aux États-Unis un jeune militantisme noir, incarné par le révérend W.E.B. Dubois, directeur de recherche pour la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP, fondée en 1909 par les libéraux blancs) et par le jamaïcain Marcus Garvey »[4]. Aux facteurs historiques qui ont permis l’éclosion d’un groupe tel que le BPP, Van Eersel évoque encore la contre-culture américaine, la guerre du Vietnam pendant laquelle la jeunesse états-unienne et particulièrement africaine américaine se politise, etc. C’est donc l’ensemble de ces facteurs qui a permis l’avènement des Black Panther à la deuxième moitié des années soixante.
Pour n’exciper que de quelques exemples : Bobby Seale (né en 1936) et Huey P. Newton (né en 1942) sont deux africains américains non originaires de ghetto[5] comme on pourrait le penser, mais d’une classe que l’on assimilerait à la classe moyenne. Comme beaucoup de jeunes scolarisés africains américains, tous deux rencontrent des problèmes scolaires qui accélèrent leur entrée en déviance jusqu’à ce qu’ils rejoignent des groupes militants tels que la NAACP et bien d’autres encore. Ils ont pour modèle Franz Fanon, Malcolm X et bien d’autres également… Dans l’Amérique ségrégationniste dont la police brutalise et tue les Africains américains dans une sorte d’impunité qui n’étonnera que la naïveté nourrie par les mirages de la posture universaliste, ils revendiquent le droit à l’autodéfense en surveillant les interpellations policières tout en étant armés. Progressivement ils se font ainsi connaître pour leur légalisme et leur sang froid devant la police. Grâce à leur notoriété nouvellement acquise, ils fondent le Black Panther Party for Self-Defense dont le programme concerne pour l’essentiel des revendications sociales comme le souligne à juste titre Van Eersel. Ils créent ensuite un journal The Black Panthers Black Community News Service qui souvent remet en question les faits établis par la police au sujet des interpellations à la suite desquelles de jeunes africains américains trouvent systématiquement la mort. Mais le succès du BPP inquiète aussitôt l’État américain qui mènera la vie dure à ses membres avec l’emprisonnement de Huey. Un nouveau leader rejoindra le BPP Eldridge Cleaver et parviendra à sensibiliser les libéraux blancs à la cause des BPP[6]. Leur combat aura beaucoup de succès, ce qui signera l’acte de décès du BPP, infiltré et déstabilisé par les services secrets.
C’est cette histoire que Van Eersel a essayée de reconstruire, même si ce travail, on l’a vu, laisse transparaître ça et là l’absence de proximité relationnelle avec ce type d’objet de recherche. Cependant les mérites et les limites de ce livre devraient interpeller celles et ceux qui sont dotés d’instruments conceptuels et les inciter à penser davantage les rapports de proximité que nous avons avec l’histoire de ces cousins d’Amérique, ainsi que sur les conditions de possibilité d’une réflexion sur notre propre historicité à travers des travaux susceptibles de correspondre à nos propres rapports au monde, rapports qui demeurent encore un impensé pour un certain nombre d’intellectuels de la diaspora et du continent. On est alors en droit de se demander si nous sommes condamnés à lire et redécouvrir notre propre histoire à travers le regard de l’extranéité…
Notes :
[1] Nous pensons notamment aux travaux de Jeffrey Ogbonna Green Ogbar, Black power : radical politics and African American identity, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 2004; Jennifer B. Smith, An international history of the Black Panther Party, New York, Garland, 1999. Pour d’autres references bibliographiques, consulter les deux livres précités.
[2] Tom Van Eersel, Panthères noires. Histoire du Black Panther Party, Paris, L’échappée, coll. Dans le feu de l’action, 2006, p.9.
[3] Idem.
[4] Ibid., p.15.
[5] Pour une analyse percutante et salutaire des ghettos et banlieues en France et aux États-Unis cf. Loïc Wacquant, Parias urbains : Ghetto, banlieue, État, Paris, La Découverte, 2006.
[6] Tom Van Eersel, Panthères noires…, op. cit., p.56.
22/11/2006 Source : www.afrikara.com Panthères noires. Histoire du Black Panther Party Auteur[s] : Tom Van Eersel Éditeur : L'échappée Date de Parution : 01/04/2006 Pages : 159 Prix : €12,00
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